Source : L'Echo

https://www.lecho.be/entreprises/energie/le-partage-des-risques-sur-le-nucleaire-crispe-les-negociations-avec-engie/10390692.html

Le "partage des risques" sur le nucléaire crispe les négociations avec Engie

Alexander De Croo, Premier ministre, et Tinne Van der Straeten, ministre de l'Énergie. ©Photo News
 

L'état des lieux des négociations sur la prolongation du nucléaire était à l'ordre du jour d'un kern ce lundi. La question de la responsabilité d'Engie dans le démantèlement et la gestion des déchets semble enrayer le processus.

La prolongation du nucléaire était au cœur du kern réuni ce lundi. Au programme, un état des lieux présenté par la ministre de l'Énergie et le Premier ministre, tous deux mandatés pour conduire les négociations avec l'exploitant des centrales, Engie, mais l'occasion aussi pour les membres de la majorité de partager leurs craintes quant au déroulement et au contenu des discussions.

Et les craintes sont légion. De l'aveu du coprésident d'Ecolo, Jean-Marc Nollet, "les négociations se passent mal". Selon lui, Engie chercherait à se désengager de ses responsabilités concernant le démantèlement des centrales et la gestion du combustible usé.

Partager le risque

Ces affirmations découlent de l'interprétation faite des récentes communications de l'énergéticien français, qui avait déclaré, suite à la décision du 18 mars dernier de prolonger les deux réacteurs les plus récents du parc, qu'"Engie ne s'engagerait dans un tel projet que dans le cadre d'une approche équilibrée de partage des risques, avec un dispositif réglementaire défini, stable et viable pour l'investissement requis, comprenant également un cadre clair pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires".

Ce "partage des risques" cacherait-il une volonté de l'exploitant de se dédouaner de sa responsabilité liée à la fin de vie des centrales? C'est du moins la lecture qu'en fait Jean-Marc Nollet et, alors que l'aboutissement des négociations reste attendu pour le mois de juin, cela risque de pousser le gouvernement dans ses derniers retranchements.

En effet, Engie, après avoir répété à maintes reprises que cinq années lui seraient nécessaires pour procéder à une prolongation, est arrivé dans les négociations en position de force. Récemment, l'exploitant a même décidé "unilatéralement" de "rembourser l'intégralité des provisions nucléaires liées au démantèlement d'ici à 2030", coupant ainsi l'herbe sous le pied au projet de loi de la ministre Van der Straeten qui ciblait précisément ce remboursement et prévoyait de renforcer le contrôle exercé par la Commission des provisions nucléaires sur la filiale belge du groupe, Electrabel.

Intérêts et ego

Contacté, l'énergéticien assure qu'il ne se désengage de rien mais indique qu'"il est important que l'ensemble des éléments liés à un tel projet soit discuté" et rappelle que mener de front la prolongation de deux réacteurs et le démantèlement de cinq autre est "extrêmement complexe".

"La ministre de l'Énergie ne négocie pas avec Engie. C'est le Premier ministre qui doit reprendre le flambeau."
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

Du reste, la cacophonie régnant à l'extérieur de la table des négociations risque de mener à une confusion entre le contenu véritable des discussions et les positions défendues par les uns et les autres. Le président du MR, par exemple, continue de défendre la possibilité de prolonger plus de deux réacteurs tout en pointant du doigt la ministre de l'Énergie pour son "abandon de poste" dans ce dossier précis. "Elle ne négocie pas avec Engie. C'est le Premier qui doit reprendre le flambeau", accuse-t-il, martelant qu'aucune impossibilité technique ne freine le dossier et que "la question est financière".

Sur ce point, il fait écho aux propos tenus par Etienne Davignon dans nos colonnes, puis fermement démentis par Engie dans un second temps. Rappelons que l'homme d'affaires avait épinglé la question de la fin de vie des centrales, affirmant qu'"il faut s'assurer d'un partage des risques équitable avec l'État et garantir des revenus à Engie".

Entre le bruit des observateurs et conseillers, satellites au dossier, et le silence des parties prenantes aux débats, on devine que le dossier avance, timidement.


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