Source : L'Usine Nouvelle

https://www.usinenouvelle.com/article/plus-de-deux-francais-sur-trois-pensent-le-nucleaire-nefaste-pour-le-climat.N859755

Plus de deux Français sur trois pensent le nucléaire néfaste pour le climat

Nathan Mann ,

Publié le

Etude Un sondage BVA pour Orano (ex-Areva) fait le point sur la perception du nucléaire en France. L’étude note que la moitié des personnes interrogées perçoit le nucléaire comme un atout, mais Orano regrette la prégnance de l’idée reçue selon laquelle l’atome serait néfaste pour le climat.

Plus de deux Français sur trois pensent le nucléaire néfaste pour le climat
La centrale EDF de Dampierre en Burly (Loiret)
© Pymouss - Wikimédia Commons

Comment les Français perçoivent-ils le nucléaire ?

L’atome est-il opaque et dangereux, tel que la série Chernobyl (HBO)  le décrit en retraçant l’accident de 1986, ou est-il au contraire un modèle industriel sûr qu’il faudrait défendre dans un contexte de changement climatique ?

C’est à cette question que s’attache à répondre une étude BVA réalisée en partenariat avec le groupe Orano (ex-Areva) et publiée le 26 juin 2019.  Réalisée en avril 2019 à partir de 2400 entretiens téléphoniques, elle vise à dresser un panorama des représentations et des “idées reçues“ des Français à propos de l’énergie atomique.

 

Question d’autant plus cruciale que le nucléaire est à une période charnière. Depuis avril, le débat public sur le cinquième plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) bat son plein. Et alors que l’Allemagne sort de l’atome, la révision de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) en janvier 2019 a confirmé l’objectif de ramener à 50% la production d’électricité d’origine nucléaire, tout en l’éloignant à 2035. La question de la construction de nouvelles capacités EPR, elle, reste ouverte et a été repoussée à après 2021.

Des positions autour du nucléaire polarisées

Sans surprise, l’énergie nucléaire reste très clivante.

Ainsi, 47% des Français considèrent que le nucléaire est un atout pour le pays (une position partagée en sur-proportion par les hommes et les plus âgés), tandis que 34% y voient un handicap. Une vision globalement positive, d’autant que “17% des sondés répondent “ni l’un ni l’autre“, et que le fait d’expliquer en détails peut permettre de faire bouger les opinions“ explique Edouard Lecerf, directeur adjoint de BVA. 

Pour les Français interrogés, “les avantages du nucléaire sont du côté de l’immédiateté, alors que les inconvénients sont projetés un peu plus tard“ précise Edouard Lecerf. Ainsi, parmi les arguments en faveur de l’atome sont cités en premiers l’indépendance énergétique de la France (46%) et la création d’emplois (39%), alors que du côté des critiques la production de déchets non recyclables (56%) et le risque d’accident (52%) prédominent.

Le bilan est donc globalement positif, même s’il est difficile d’être d’accord avec Orano quand le groupe affirme que cette évaluation conduit 54% des Français à penser que l’avenir sera fait d’un mix entre nucléaire et renouvelable… à partir d’une question portant sur leur connaissance des plans du gouvernement.

Les français sous-estiment globalement les performances du nucléaire

En plus de ces considérations globales, Orano insiste sur le fait que plusieurs résultats de l’étude montrent que les représentations des Français sont en décalage avec la réalité du secteur. Les Français sous-estiment ainsi le pourcentage d’électricité produit à partir de sources nucléaires, qu’ils placent en moyenne à 59% au lieu de 72%. L’impact de la filière sur l’emploi est sous-évalué. Si la majorité des Français y voit un secteur créateur d’emplois (56%), le nombre de personnes employées par le nucléaire (220 000) est lui très sous-évalué.

La majorité des Français (68%) considèrent par ailleurs que le nucléaire est cher à produire. Un résultat du sondage difficile à interpréter car, comme l’expliquait l’Usine Nouvelle, le prix facturé du nucléaire reste assez bas mais se voit désormais concurrencé par les énergies renouvelables si l’on considère les coûts de démantèlement. Les réacteurs EPR seraient même plus onéreux.

Bonne nouvelle pour Orano, en analysant les réponses des Français habitant à proximité de deux sites gérés par Orano (La Hague et le Tricastin et Melox), l’étude expose que lorsqu’on vit à proximité d’une centrale, on a une perception en général plus positive du nucléaire, mais cette perception ne s’appuie pas beaucoup plus sur une meilleure compréhension“ résume Edouard Lecerf.

69% des Français pensent que le nucléaire contribue au réchauffement climatique

Car partout sur le territoire, la grande majorité des sondés (69%) associent le nucléaire à l’émission de gaz à effet de serre. Chez les 18-34 ans, pourtant plus engagés pour le climat, le taux monte même à 86%. Certes, seuls 34% de la population considère que le nucléaire contribue “beaucoup“ au réchauffement et il est correct de considérer que l’électricité produite grâce à la fission de l’uranium émet “un peu“… Mais pour Edouard Lecerf, cette réponse provient surtout d’un “effet de halo qui fait qu’aujourd’hui, on a l’impression que tout dérègle le climat, y compris le nucléaire“.

En réalité, contrairement aux estimations des Français, le nucléaire émet seulement 12 grammes de CO2 par kWh. Soit un peu plus que l’éolien, mais moins que le photovoltaïque (41-48g), que 63% des Français considèrent pourtant comme une énergie moins émettrice que l’atome. Le gaz (autour de 400g) et le charbon (près de 1000g) sont quant à eux bien plus nocifs.

Cette idée reçue inquiète Orano, qui note par ailleurs que seuls six Français sur dix pensent que le combustible peut être recyclé. Le nucléaire a un rôle indispensable pour faire réussir la transition énergétique“ défend pourtant Philippe Knoche, directeur général d'Orano, qui rappelle d’ailleurs que la majorité des scénarios du GIEC permettant de limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici la fin du siècle prévoient une augmentation des capacités installées dans le monde.

Pour Orano, c’est alors de la “pédagogie“ qu’il convient de faire pour expliquer que le nucléaire est décarboné, et améliorer son image.

On peut alors regretter que les différents résultats de l'étude ne soient pas corrélés, ce qui permettrait de juger de la cohérence des positions dessinées et de voir comment le rejet ou l'acceptation du nucléaire sont liés ou non à ses impacts climatiques supposés. Pour rappel, selon une étude de l’Ademe conduite chaque année, seul 74% des Français croyaient en l’existence d’un réchauffement climatique d’origine anthropique en 2018.


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