Source : Le Monde

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/07/08/nucleaire-bruno-le-maire-exclut-d-arreter-flamanville-mais-tape-du-poing-sur-la-table_5486865_3234.html

Nucléaire : « Bruno Le Maire exclut d’arrêter Flamanville, mais tape “du poing sur la table” »

Chronique

Le ministre de l’économie a réclamé à EDF « un audit indépendant » sur l’EPR. Il juge « inacceptable » les déboires à répétition du chantier de ce réacteur de troisième génération, explique dans sa chronique Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 12h02 Temps de Lecture 2 min.

 

Le réacteur de troisième génération construit par EDF sur le site de Flamanville, dans la Manche, le 16 novembre 2016.
Le réacteur de troisième génération construit par EDF sur le site de Flamanville, dans la Manche, le 16 novembre 2016. CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Pertes & Profits. Bruno Le Maire se souvient : « En 2005, je suis allé en Finlande visiter le site de la future centrale nucléaire EPR. On nous disait que tout allait bien. » C’était le début du chantier d’Olkiluoto, piloté par Areva, et l’EPR finlandais n’entrera en service que début 2020, avec dix ans de retard sur un calendrier irréaliste. « Quinze ans après, on a un problème critique de compétence », juge le ministre de l’économie en évoquant cette fois les retards à répétition et les surcoûts accumulés par le réacteur de troisième génération construit par EDF sur le site de Flamanville (Manche).

C’est un ministre mécontent qui a annoncé sur BFM-TV, vendredi 5 juillet, avoir demandé au PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, « un audit totalement indépendant » sur la filière EPR après les déboires à répétition rencontrés par ce projet colossal afin que le groupe « puisse y remédier dans les meilleurs délais ». « Ces incidents à répétition ne sont pas compréhensibles. Ils ne sont pas acceptables de la part d’une filière nucléaire qui est un fleuron français, a-t-il ajouté. Moi, je souhaite savoir pourquoi on a retenu cette technologie EPR, pourquoi on rencontre tellement de difficultés, pourquoi est-ce qu’il y a eu malfaçon, pourquoi ces fameuses soudures n’ont pas bien été réalisées. »

Même s’il se juge dans son « rôle » de « taper du poing sur la table », le ministre a un peu surjoué la colère, et M. Lévy n’a pas été pris de court : les deux hommes s’étaient vus, en juin, après la décision de l’Autorité de sûreté nucléaire d’imposer à EDF la reprise de soudures sur des tuyaux déjà encastrés dans le béton armé de l’enceinte du réacteur, ce qui entraînera un report du démarrage de l’EPR à la fin 2022. M. Le Maire lui avait alors demandé de trouver un industriel réputé, mais sans passé nucléaire. Le patron d’EDF a choisi Jean-Martin Folz, l’ancien patron de PSA Peugeot Citroën (1997-2007).

 

Perte de savoir-faire

Ce polytechnicien-ingénieur des Mines devra étudier la technologie du réacteur, alors qu’un nouveau modèle est actuellement « dessiné » par la filiale d’EDF Framatome. Et analyser les questions de compétences et d’attractivité du secteur, indique M. Le Maire. On connaît déjà le problème de la filière nucléaire, qui n’avait pas construit de réacteurs pendant quinze ans avant de lancer Olkiluoto et Flamanville. Perte de savoir-faire et faiblesse dans la gestion des projets ont leur part de responsabilité dans ses difficultés. Les règles de sûreté post-Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011) aussi – et surtout leur application « sans pragmatisme » en France, regrette un responsable de la filière.

Ces difficultés ont conduit le ministre de la transition écologique, François de Rugy, à douter de la rentabilité du nucléaire face aux énergies renouvelables. Ce n’est pas l’avis de M. Le Maire. Il est exclu, selon lui, d’arrêter Flamanville, qui a déjà englouti 10 milliards d’euros. D’autant que les deux EPR chinois de Taishan, construits par EDF et lancés en 2018 et 2019, fonctionnent sans problème.

La « mission Folz » est importante au moment où l’exportation d’EPR est encalminée. M. Lévy espère en vendre six en Inde, sans être assuré de décrocher le jackpot. Pendant ce temps-là, les Russes marquent des points après s’être débarrassés de leur image post-Tchernobyl. « Quand nos ingénieurs examinent le VVER 1200 de Rosatom, ils n’ont pas de critiques à formuler. » C’est un dirigeant d’EDF qui le dit.


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