Source : L'Usine Nouvelle

https://www.usinenouvelle.com/editorial/brouille-franco-allemande-sur-le-nucleaire.N898284

Brouille franco-allemande sur le nucléaire

Solène Davesne  

Publié le

Brouille franco-allemande sur le nucléaire

Le nucléaire est-il une énergie verte ? La question divise les Européens, et en premier chef l’Allemagne et la France. Bruxelles est engagé depuis un an et demi dans la rédaction d’une "taxonomie" des investissements verts, une classification qui doit déterminer quels secteurs pourront bénéficier des fonds de la finance durable.

Fin mars, le Parlement européen avait explicitement exclu l’énergie nucléaire de cette liste. À l’été, le groupe d’experts chargé par la Commission européenne de définir les critères d’éligibilité précis pour 67 activités avait lui aussi préféré laisser de côté le nucléaire. Certes, la filière nucléaire émet peu de CO2, mais elle est moins vertueuse au regard d’autres objectifs environnementaux, notamment sur la gestion des déchets. Depuis, la France est montée au créneau. Fin septembre, elle a obtenu une première victoire d’étape. Le Conseil européen a remis en selle la filière, en ne fermant plus le label d’investissement durable à certains secteurs. Au sein des états membres, ce retour est loin de faire l’unanimité.

 

L’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg y sont farouchement opposés. "Le nucléaire n’a pas sa place dans la classification des énergies durables", s’énerve l’eurodéputé allemand vert Sven Giegold qui y voit " un triste signe de l’état des relations franco-allemandes" et pointe qu’aucun projet de centrale nucléaire en France n’aurait été freiné faute de financements verts. Paris ne désarme pas. "Le nucléaire doit être maintenu dans cette taxonomie européenne et être considéré comme une énergie indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique", a martelé Bruno Le Maire en présentant son nouveau pacte productif. Il promet "d’en débattre avec nos partenaires allemands". Pour Paris, le chemin est étroit. À Bruxelles doivent désormais commencer de longues négociations entre le Conseil et le Parlement, lui aussi vent debout, avec un poids des écologistes renforcé depuis le printemps. L’adoption de la taxonomie a d’ailleurs été repoussée à après 2021. Ce qui n’arrange pas les acteurs de la finance durable. "Le fait d’être dans l’incertitude sur le classement de telle ou telle activité est un frein", a soulevé Christine Lagarde, la présidente de la BCE, lors de son audition début septembre, alors que la banque centrale souhaite verdir sa politique monétaire.


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