Source : Le Monde

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/11/12/un-seisme-amene-edf-a-suspendre-l-activite-de-la-centrale-nucleaire-de-cruas-meysse_6018856_3244.html

Un séisme amène EDF à suspendre l’activité de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse

La forte secousse enregistrée, lundi, dans la Drôme et en Ardèche a conduit EDF à suspendre la production d’électricité de la centrale de Cruas-Meysse afin de mener des contrôles.

Par et Publié aujourd’hui à 11h46, mis à jour à 15h48

Quartier de La Rouvière, dans la commune du Teil, en Ardèche. Un habitant constate les dégâts du séisme survenu lundi 11 novembre et ressenti jusqu’à Lyon et Montpellier. Quartier de La Rouvière, dans la commune du Teil, en Ardèche. Un habitant constate les dégâts du séisme survenu lundi 11 novembre et ressenti jusqu’à Lyon et Montpellier. JEFF PACHOUD / AFP
 

Il était 11 h 52, lundi 11 novembre, lorsqu’un séisme de magnitude 5,4 sur l’échelle de Richter a été enregistré principalement dans la Drôme, près de Montélimar, et en Ardèche, a annoncé le Bureau central sismologique français (BCSF) de Strasbourg. La secousse, d’une intensité rare dans la région, a été ressentie jusqu’à Saint-Etienne, Lyon, et même dans le sud de la France, à Montpellier.

Dégâts matériels

Si quatre blessés seulement étaient à déplorer lundi soir, dont un ouvrier tombé d’un échafaudage à Montélimar et atteint grièvement aux jambes, le bilan matériel est plus important, en particulier sur la commune ardéchoise du Teil, où 250 personnes ont dû être relogées dans trois gymnases ouverts pour la nuit. La préfète de ce département, Françoise Souliman, a demandé dans l’après-midi aux habitants de « rester pour le moment à l’extérieur des habitations ».

Dans cette commune, de nombreuses maisons se sont effondrées, surtout sur les hauteurs de la ville, dans le quartier de La Rouvière. L’église de Saint-Etienne de Mélas (IXe-XIIe siècles) a été endommagée et le clocher de celle du centre-ville menace de tomber. Le collège et le lycée ont aussi été touchés et plusieurs bâtiments ont dû être sécurisés, la nationale 102 a, elle, été fermée à la circulation.

« Cela a duré cinq secondes, tout a tremblé autour de moi, les meubles, les murs, comme si un avion s’était écrasé » ou comme s’il y avait eu « une grosse explosion », a témoigné auprès de l’Agence France-Presse Kevin Cuer, un habitant de Montélimar. Selon lui, « tout le monde est sorti dans la rue après la secousse, les gens ont eu très peur ».

L’épicentre du séisme se situait à 23 kilomètres de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche) et à 26 kilomètres du site du Tricastin (Drôme), regroupant notamment une centrale nucléaire et des usines d’Orano (ex-Areva) de traitement du combustible nucléaire.

L’épicentre du séisme de lundi est situé à 23 kilomètres de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, sur le Rhône. Photo du site prise en octobre 2017.

L’épicentre du séisme de lundi est situé à 23 kilomètres de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, sur le Rhône. Photo du site prise en octobre 2017. PHILIPPE DESMAZES / AFP

EDF a décidé lundi de suspendre, pour une durée estimée de vingt-quatre heures, la production de trois des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse « pour procéder à des contrôles complémentaires et préventifs », le quatrième réacteur étant déjà arrêté pour maintenance. « Les premiers contrôles n’ont pas mis en évidence de dégât apparent. Des vibrations ont cependant été enregistrées, ce qui nécessite de procéder à des contrôles complémen­taires et préventifs », a expliqué le groupe dans un communiqué.

Suite à Fukushima, des seuils revus

L’Agence de sûreté nucléaire (ASN) a signalé qu’« aucun dommage apparent » n’avait été noté. Mais les valeurs enregistrées ont dépassé les seuils à partir desquels un examen plus poussé des réacteurs était nécessaire. EDF a donc décidé d’arrêter la production d’électricité du site ardéchois. L’ASN examinera les conditions dans lesquelles les réacteurs pourront redémarrer.

La centrale nucléaire du Tricastin est, elle, toujours en fonctionnement. En 2017, les quatre réacteurs de cette centrale avaient été arrêtés pendant trois mois en raison du risque de rupture d’une portion de la digue du canal du Rhône en cas de fort séisme qui dépasserait une magnitude de 5,2.

A la ­demande de l’ASN, l’énergéticien avait réalisé en urgence ces travaux de renforcement de la digue. Suite à la catastrophe de Fuku­shima, au Japon, en 2011, le séisme majoré de sécurité (SMS, la référence pour mesurer l’aléa sismique) a été recalculé.

Le tremblement de terre de magnitude 5,4 de lundi est donc plus puissant que cette référence retenue par l’ASN. « La robustesse technique des travaux réalisés a permis d’éviter le pire », souligne Pascal Terrasse, président de la commission locale d’information, chargée notamment d’informer les Ardéchois sur la sûreté et les risques nucléaires.

De son côté, EDF rappelle que « le risque sismique a été pris en compte dès leur conception pour l’ensemble de nos centrales nucléaires, en fonction de l’historique des séismes observés dans les régions d’implantation de nos installations ».

Lire aussi : Après Fukushima, la France étend les zones de précaution autour des installations nucléaires

En France, cinq sites nucléaires en zone sismique

Sur les dix-neuf centrales implantées en France, cinq centrales, dont quatre dans la vallée du Rhône, sont en zone sismique. On trouve parmi elles les deux plus anciennes du parc français : Fessenheim (Haut-Rhin) avec deux réacteurs, mise en service en 1977, et Bugey (Ain) avec quatre réacteurs (1978-1979). Sont aussi concernées Tricastin (Drôme), quatre réacteurs (1980), Cruas-Meysse (Ardèche), quatre réacteurs (1984-1985) et Saint-Alban (Isère) avec deux réacteurs (1985-1986).

Cette exposition des centrales au risque sismique a fait réagir le mouvement antinucléaire. « Cet événement vient nous rappeler que la sismicité doit être prise au sérieux dans la vallée du Rhône. Alors qu’EDF prétend rassurer, il est plus que légitime de s’interroger au vu de son attitude désinvolte vis-à-vis du risque sismique. (…) Des répliques pourraient avoir lieu dans les jours à venir et nous nous interrogeons », a estimé le réseau Sortir du nucléaire, lundi, sur son compte Twitter.


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