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Bonjour à toutes et tous,
Source : Rfi
https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20251107-quels-risques-pour-l-environnement-en-cas-de-reprise-des-essais-nucl%C3%A9aires-am%C3%A9ricains
Quels risques pour l’environnement en cas de reprise des essais nucléaires américains?
Publié le : Modifié à

« En raison des programmes d'essais menés par d'autres pays, expliquait le 29 octobre le président des États-Unis sur son réseau Truth Social, j'ai demandé au ministère de la Guerre de commencer à tester nos armes nucléaires sur un pied d'égalité. » Des propos tempérés, tant bien que mal, par Chris Wright, son secrétaire à l’Énergie, sur Fox News le 2 novembre : « Il n'y aura pas de champignon nucléaire dans le Nevada ». Habile.
Et pour cause. Les essais atmosphériques, à l’origine des colonnes de flammes et de fumées dévastatrices que chacun se représente, sont proscrits depuis 1963 et la signature, par Washington, du traité d'interdiction partielle des essais nucléaires.
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Pourtant, les États-Unis ont pu continuer leurs tests nucléaires militaires pendant encore trente ans en les confinant sous terre, le seul environnement autorisé par le traité. Les derniers essais souterrains américains ont eu lieu en 1992. Donald Trump n’a cependant pas exclu leur retour le 31 octobre, alors qu’il était interrogé sur la question, rapporte Reuters. Difficile, dès lors, de ne pas s’interroger quant aux conséquences environnementales et sanitaires d'une telle décision.
Réputées à très faible risque, les explosions souterraines consistent à enterrer une bombe suffisamment profondément pour qu’elle ne rejette aucun élément radioactif dans l’atmosphère. Si Donald Trump décidait effectivement de relancer ces détonations enfouies, le site de test le plus plausible serait le Nevada National Security Site, explique à RFI Steve Fetter membre de l’académie nationale du comité des sciences sur la sécurité internationale et le contrôle des armements. Particulièrement actif pendant la seconde moitié du XXe siècle, le secteur porte encore les stigmates des nombreux essais dont il a été le témoin.
Cette période intense de tests aurait « appris aux États-Unis à s’assurer que tous les gaz radioactifs et les débris soient entièrement confinés », assure Steve Fetter. Mais d’autres experts se montrent plus prudents.
« Si les essais souterrains sont bien moins risqués que les essais atmosphériques, ils comportent tout de même des risques », expliquait Corey Hinderstein, vice-présidente de la fondation Carnegie pour la paix internationale, à la radio publique américaine NPR le 30 octobre. « Par le passé, des retombées radioactives se sont échappées de puits d’essais », poursuivait l’ancienne membre de l’administration nationale de la sécurité nucléaire américaine.
Frank N. von Hippel, physicien et professeur d’affaires publiques et internationales à l’université de Princeton, abonde dans ce sens. Il est possible que « des essais souterrains passés aient libéré une radioactivité significative dans l’air », souligne-t-il. Dans les cas où le confinement n’est pas parfaitement efficace, les conséquences environnementales peuvent être désastreuses.
En 1962, la France faisait détonner « Béryl », l’un de ses premiers essais nucléaires souterrains, en Algérie. « Cet essai a complètement raté et la radioactivité est sortie sous forme d'un panache de poussière, de gaz, mais aussi de lave et de roche fondue », raconte Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). Cette erreur a entraîné « une pollution colossale de l'environnement » avoisinant le site, poursuit le physicien de formation.
Au fil des décennies, les procédures de confinement ont certes été perfectionnées. « En théorie, le confinement fonctionne, mais dans la pratique, pas totalement. Il y a toujours des gaz qui doivent s'échapper », résume Roland Desbordes. Entre les années 70 et 90, la France a réalisé de nombreux essais souterrains dans les atolls de Moruroa et Fangataufa en Polynésie. « On sait que l’atoll de Moruroa est fissuré et qu’il fuit, détaille Roland Desbordes, mais ça n'a pas libéré des grosses quantités de radioactivité. Maintenant, on ne sait pas dire l'avenir. »
C’est effectivement sur la question de la dette nucléaire laissée aux générations futures que la CRIIRAD et d’autres experts s’interrogent.
Lorsqu’une explosion est effectuée sous terre, la chaleur libérée est telle qu’elle « vitrifie toutes les matières radioactives au fond du puits » creusé pour l’occasion, explique Patrice Bouveret, cofondateur et président de l'Observatoire des armements. Problème, le plutonium, utilisé dans les bombes a une demi-vie de 24 000 ans.
Dès lors, difficile d’avoir « le recul nécessaire », estime Patrice Bouveret, pour s’assurer que ces matériaux restent parfaitement immobiles, notamment dans le cas de mouvements de terrain qui « conduiraient à ce que cette radioactivité ne reste pas là où elle a été enfermée ». Qui plus est, le retour d’essais nucléaires sur le site du Nevada pourrait fragiliser un sol déjà lardé de cratères, selon Patrice Bouveret.
Les échelles de temps sont tellement vastes qu’il peut s’avérer ardu d’anticiper précisément les conséquences directes des essais nucléaires. « Ce sont des cadeaux empoisonnés qu'on laisse à nos enfants », lance Roland Desbordes.
Frank N. von Hippel remarque aussi que les essais laissent derrière eux une « importante quantité de radioactivité sous terre » et que « l’eau souterraine peut la déplacer en dehors du site ». Les terrains de tests du Nevada sont néanmoins « tellement isolés qu’il faudrait attendre un long moment avant que cette radioactivité n’atteigne les réserves d’eau utilisées par les humains », nuance le chercheur.
Mais, pour Steve Fetter, qui n’exclut pas non plus un risque « sur le très long terme » que les réserves d’eau consommée par les humains soient contaminées, il faudrait que « la surveillance et que les contrôles gouvernementaux disparaissent pendant les siècles ou les millénaires à venir ».
La prudence scientifique à l’égard de ces questions semble illustrer la difficile estimation des risques concrets pour l’environnement et la biodiversité des essais nucléaires dans leur forme souterraine.
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Je m'abonneTous les experts s’accordent pourtant sur un point. « Les principales conséquences d’un retour des essais nucléaires aux États-Unis seraient politiques », martèle Steve Fetter. La Chine, l’Inde, le Pakistan ou la Russie emboîteraient les pas aux Américains, relançant de plus belle une « course à l’armement et fragilisant le régime de non-prolifération nucléaire ». Une crainte partagée par Frank N. von Hippel.
« Nous sommes dans la plus longue période d’absence d’essais nucléaires de l’histoire de l’âge atomique », rappelle Benoît Pelopidas, professeur des universités à Sciences Po. « Si les États-Unis choisissent d’y mettre fin, ils donnent des raisons à d’autres États qui pourraient faire de même. » Ainsi, moins d'une semaine après les déclarations de Donald Trump, Vladimir Poutine a-t-il laissé planer la menace d'une reprise des essais russes...
« Nous savons maintenant que les conséquences de la course aux armements et de la guerre accélèrent le changement climatique et garantissent que nous ne tiendrons pas nos objectifs pour le limiter », conclut le chercheur.
Pour les États-Unis, reprendre leurs essais nucléaires souterrains impliquerait de se retirer du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires, que Washington n’a pour autant jamais ratifié, mais seulement signé. Toujours est-il que réengager une course à l’armement, quelle qu’en soit la forme, s’annonce être une pente glissante dans un contexte toujours plus grandissant de détresse climatique.
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