C'est une véritable fronde judiciaire qui secoue la côte Est américaine. Le 2 juin, une coalition de sept États démocrates, allant du Maine au New Jersey, a officiellement déposé une plainte pour faire invalider un accord financier pour le moins surprenant. Signé en mars entre le gouvernement de Donald Trump et le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, ce pacte organise l'abandon de projets éoliens majeurs en échange d'une compensation financière colossale, conditionnée à un réinvestissement équivalent dans le pétrole et le gaz sur le sol américain.

Pourquoi cet accord entre Trump et TotalEnergies est-il si controversé ?

Présenté à l'origine comme un deal "gagnant-gagnant", l'arrangement est aujourd'hui qualifié d'"accord bidon" par ses détracteurs. Il s'agit d'utiliser l'argent du contribuable pour compenser une entreprise privée qui renonce à des projets d'énergie renouvelable, tout en l'incitant à investir cette même somme dans les hydrocarbures. L'accord, négocié directement entre l'administration de Donald Trump et la direction du groupe français, est vu comme une manœuvre politique anti-climat à peine déguisée.

Vance Trump

La gouverneure de New York, Kathy Hochul, n'a pas mâché ses mots, dénonçant un "détournement scandaleux de l'argent des contribuables". Pour les États plaignants, la manœuvre empêche non seulement d'atteindre leurs objectifs climatiques et de garantir leur indépendance énergétique, mais elle torpille aussi la création d'emplois verts. Le cynisme politique et économique atteint ici des sommets, transformant une subvention initialement prévue pour la transition écologique en un chèque en blanc pour l'industrie fossile.

Quels sont les arguments juridiques des États plaignants ?

Au-delà de l'indignation politique, la coalition d'États s'appuie sur un argumentaire juridique solide. L'accord est qualifié de "manifestement illégal" en raison d'un vice de procédure majeur. L'administration Trump aurait omis d'organiser une audience publique, étape légale pourtant obligatoire pour déterminer si le maintien des concessions éoliennes présentait un risque pour la sécurité nationale ou l'environnement. Cette absence de consultation est au cœur de la plainte, qui soutient qu'une telle décision ne peut être prise de manière discrétionnaire.

De plus, les procureurs généraux pointent du doigt un détournement de fonds publics. L'argent promis à TotalEnergies proviendrait d'une caisse normalement réservée aux règlements judiciaires, alors même qu'aucun litige n'opposait formellement le groupe français et le gouvernement. Cette astuce budgétaire est perçue comme une violation des lois fédérales des États-Unis, et les plaignants demandent donc à la justice d'annuler purement et simplement ce pacte et l'abandon de l'éolien en mer qui en découle.

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Quelle est la stratégie de TotalEnergies dans cette affaire ?

Que cherche vraiment TotalEnergies dans cette opération ? Confronté à l'hostilité notoire du président américain envers les éoliennes, le PDG Patrick Pouyanné a opté pour ce qu'il nomme le "pragmatisme". Plutôt que de s'engager dans une bataille juridique longue et coûteuse contre la Maison Blanche, comme l'ont fait d'autres acteurs européens du secteur tels qu'Orsted et Equinor, le groupe français a préféré négocier une porte de sortie. Une stratégie d'évitement qui se transforme en opportunité financière.

Ce pragmatisme qui fait grincer des dents permet au géant pétrolier non seulement de récupérer sa mise de départ (près d'un milliard de dollars payés en 2022 pour les concessions), mais aussi de la réorienter vers son cœur de métier. L'accord stipule en effet que le remboursement est conditionné à un investissement équivalent dans des projets comme une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au Texas. En somme, TotalEnergies a transformé un obstacle politique en une occasion de renforcer sa position dans les énergies fossiles sur le sol américain, un calcul qui pourrait lui coûter cher en termes d'image.

 

Foire Aux Questions (FAQ)

 

Quels sont les États qui ont porté plainte ?

La coalition est menée par l'État de New York et comprend également le New Jersey, le Connecticut, le Maine, le Massachusetts, le Rhode Island et le Vermont.

Quel était le potentiel des projets éoliens annulés ?

Le projet principal, connu sous le nom d'Attentive Energy, aurait eu la capacité de produire suffisamment d'électricité pour alimenter environ 1,3 million de foyers à New York et dans le New Jersey, contribuant ainsi de manière significative aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de ces États.