Source : Médiapart / les blogs   (28/11/2020)

https://blogs.mediapart.fr/freddy-mulongo/blog/281120/france-eoliennes-le-vent-du-mensonge-un-documentaire-du-belge-pascal-yernaux

France: Éoliennes , le vent du mensonge, un documentaire du Belge Pascal Yernaux

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International

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Le VENT DU MENSONGE, un film du réalisateur belge Pascal Yernaux, qui illustre le sacrifice de la mer et de la petite pêche côtière sous le couvert de l'écologie et de la transition énergétique en prenant l’exemple du projet éolien d’Engie au Tréport. Le film donne la parole aux députés, maires, coopératives de pêche, pêcheurs, associations, locaux, touristes et commerçants de Dieppe et du Tréport.

Les éoliennes polluent. Qu’elles soient marines ou terrestres, elles dévitalisent profondément et irréversiblement leur environnement et rendent, de ce fait, leur énergie peut-être renouvelable, mais impossiblement verte. Pascal Yernaux, auteur de projets et architecte d’intérieur belge reconverti ou plutôt mobilisé en réalisateur engagé aura vu là le point de départ du Vent du mensonge, ce docu-fiction, aussi risqué que précis et radical.


Le vent du mensonge présent dans le titre, c’est celui du lobby éolien offshore bien protégé par une industrie chinoise étatique et un gouvernement français. Mais de cette mer des libertés infinies souffle un vent plus fort encore : celui de la colère des habitants, des pêcheurs des côtes Picardes et Normandes, du Tréport et de Dieppe qui se refusent à voir leur paysage pour certains, leurs turbins, leurs vies pour d’autres, dévorés par ses gigantesques moulins de fer contre lesquels le combat n’est ni vain, ni fantasmé.

Le mot du réalisateur Pascal Yernaux: 

« J’ai choisi d’aborder ce sujet à cause de son extrême gravité.
Particulièrement touché par cette profession et ses trop nombreuses difficultés, j’ai aussi voulu traduire cette fin d’un monde pour un autre. Du point de vue de la réalisation, c’est un pari osé de tourner avec des locaux. Pas d’interprète professionnelle, sauf Chryssa Florou qui incarne une journaliste chargée par la mairie d’enquêter. Pour commencer, nous avons dû sentir le potentiel de nos acteurs de circonstance et jongler avec la disponibilité de chacun. Au fil du temps, ce choix nous a permis de nous rapprocher du sujet et de la force qu’il dégage. Le sentiment d’injustice profond parle de lui-même et touche le spectateur.
Ce tournage en mode aventure nous a réservé de belles surprises comme des galères aussi. Nous suivions la météo et les pêcheurs. La configuration du tournage fut minimale, la taille des bateaux est réduite et nous ne trichons pas, nous sommes réellement à bord, l’adaptation est continuelle. Pendant le tournage, la force de certaines histoires et les personnages nous ont permis de nous caler sur un fil rouge. L’actualité, le sujet et les faits se sont offerts pour développer ce point de vue. »

Sous couvert de l’écologie, il s’engage dans le monde une course à l’énergie dont le but est de doper artificiellement une économie basée sur l’exploitation et la transformation des ressources de la planète. Au lieu de privilégier une décroissance intelligente, l’éolien offshore va sacrifier ici et là les fonds marins. Alors que penser de cette politique qui s’apprête à détruire la seule ressource alimentaire durable de la planète ?
Nous sommes en 2019, et la grogne monte en France et ailleurs. De quoi sera fait le futur ? Les pêcheurs laisseront-ils l’État leur prendre la mer pour en faire des kWh ?

Projection au Tréport du film de Pascal Yernaux " Le vent du mensonge " © Paris-Normandie
Trailer Le Vent du Mensonge © pascal yernaux

Ce sont ces artisans, ses petits producteurs qui intéressent le plus le réalisateur car il s’agit concrètement, ici, de privatiser un espace marin pour le transformer en parc éolien en prenant bien soin de faire fi des conséquences écologiques directes, des dégâts que cela causerait à l’économie hôtelière régionale mais surtout à l’environnement aquatique et donc aux habitants du coin, majoritairement pêcheurs. Ces véritables héros et aventuriers modernes, seuls détenteurs d’un savoir des grands espaces salins, sont aussi les derniers remparts contre la vague létale d’un système d’alimentation totalement industriel qui court sur nos terres et représentent 100.000 emplois.

C’est la fin d’un monde ou l’annonce d’une fin prochaine que conte Pascal Yernaux dans ce docu-fiction, heurtant la noirceur de son propos aux larmes et à l’espoir. Si cette forme souvent risquée coûte un peu au film dans sa façon d’approcher son sujet visuellement, elle offre aussi un sentiment d’injustice tangible tant on sent l’infini désespoir et la galère des véritables pêcheurs. Et le regard de la journaliste incarnée par Chryssa Florou, incapable d’agir autrement que par la médiatisation, n’y changera rien. Car si la loi impose une consultation publique et que l’opposition y est majoritaire, Yernaux nous informe que les travaux sont déjà en cours et – sommet d’irrespect envers ceux que les autorités pillent déjà – sont couverts par un taxation à seize pour cent sur les factures d’énergie des habitants.

D'un point de vue strictement cinématographique, le film peine parfois à tenir la barre. Mais malgré une production ne permettant pas une technique irréprochable et la multiplication des plans lors du tournage et donc, l’accès à une matière abondante au montage, Pascal Yernaux bricole, invente. Il fait appel à une voix off lorsqu’il sent le propos devenir confus.

Le réalisateur, navigateur à ses heures, semble aimer d’un amour profond cette richesse marine française et en fait le cœur de son plaidoyer. Il accuse un état consumériste chapeauté par un président-banquier à genoux devant les sirènes d’or et d’argent des entreprises étrangères prêt à sacrifier l’intérêt public pour tout ce qui s’achète ou le dépasse. Bien des choses, donc…


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